Hilda E. Wilson
ARP, FSCRP(H)
1926-2009
Toronto, Ontario

Faits saillants de sa carrière
Si toute profession se targue de ses champions, les relations publiques du Canada comptent Hilda E. Wilson parmi les siens.

Au début des années 1960, Mme Wilson occupe un poste de secrétaire au sein d'une entreprise de construction. Lorsque celle-ci prend de l'expansion et ouvre de nouvelles filiales, en 1963, Mme Wilson est assignée au nouveau service des relations publiques, son premier contact avec les RP. Elle apprend à approcher les analystes, à interagir avec les actionnaires et à obtenir une couverture dans la section des finances. Elle est également appelée à coordonner le premier appel public de l'entreprise, une tâche qu'elle n'a jamais effectuée jusque-là.

Pour maîtriser son travail, Mme Wilson suit le cours de l'Institut canadien des valeurs mobilières, assiste à des séminaires sur les finances et fréquente les cours de l'American Management Association sur les relations avec les investisseurs donnés à New York.

Lorsqu'un poste de direction se libère subitement dans son département, Mme Wilson tente sa chance. Toutefois, bien qu'elle réponde aux exigences du poste, le président rejette sa candidature en expliquant que ce poste de direction est plutôt un « travail d'homme ». Cette expérience l'amène à se lancer dans les RP de façon autonome.

Pour confirmer qu'elle prend la bonne décision, Mme Wilson se tourne vers Charles Tisdall, cofondateur éminent de Tisdall-Clark (à l'époque, l'une des firmes de conseillers des RP d'avenir de Toronto) pour lui confier ses plans d'entreprise. M. Tisdall lui est d'une aide précieuse : il la guide patiemment à travers les étapes de démarrage de son entreprise. Il devient finalement un mentor et un ami de Mme Wilson.

En 1965, Mme Wilson fonde Investor Relations Canada Ltd. (IRCL) dans le district financier de Toronto. Son ancien employeur devient son premier client.

Avec IRCL, Mme Wilson devient une pionnière des RP dans les domaines de la finance et de la consommation grâce aux idées novatrices qu'elle propose à des clients comme ITL Industries Ltd., de Windsor, en Ontario. L'entreprise est la première à noliser des vols pour des analystes invités à visiter son usine et à rencontrer son directeur général. Cette brillante idée devient rapidement pratique courante chez les jeunes industriels de l'extérieur.

Puis, en 1967, le nouveau président de Loblaws, Leon Weinstein, invite Mme Wilson (sur la recommandation de son agence de publicité) à l'aider à faire croître sa chaîne de supermarchés. C'est ainsi qu'elle décroche l'emploi aujourd'hui intitulé directrice « externe » des affaires aux consommateurs.

À l'époque, les critiques des consommateurs battent leur plein, mais les supermarchés, occupés à calculer leurs bénéfices, font la sourde oreille. Pour corriger cette situation, Mme Wilson crée une chronique d'information des consommateurs qui est insérée dans les publicités hebdomadaires de Loblaws. Cette première, avant-gardiste, connaît rapidement une immense popularité. Ses lecteurs attendent ses révélations hebdomadaires avec la même impatience qu'ils attendent leur télésérie préférée. D'autres supermarchés emboîtent le pas et mettent sur pied des chroniques informatives semblables à celle de Mme Wilson.

C'est dans ce contexte qu'elle apprivoise le rôle de consommaticienne au franc-parler. Dans un article du Stimulus Magazine, on lit que « Hilda Wilson protesterait probablement contre l'insinuation, mais elle est l'ancêtre des relations avec les consommateurs dans les chaînes alimentaires partout au Canada. » Elle obtient rapidement l'appui des Associations des consommateurs et des diététiciens, qui reconnaissent et épousent le chemin qu'elle a frayé.

En 1968, Mme Wilson accueille l'une des légendes de la vente au détail du Canada, Shoppers Drug Mart, parmi sa clientèle. Elle n'a jamais eu à se battre contre d'autres firmes pour conserver son principal client durant les 30 années où elle a œuvré pour lui. Elle est également passée de conseillère à membre émérite du conseil d'administration de son client, avant de passer le flambeau à son fils Michael, avant sa retraite.

Aujourd'hui octogénaire, Mme Wilson se tient occupée comme grand-mère et membre active de sa communauté. En juillet 2008, elle a publié son troisième livre, corédigé par Dea Cappelli Clark, The Toronto Outdoor Art Exhibition.

Son influence marquante sur le monde des communications d'entreprise est toujours reconnue. Dans le numéro d'août 2008 de Marketing, Hilda Wilson est classée parmi les 10 pionniers les plus influents de l'histoire du marketing au Canada. Sa présentation résume bien la situation : « À une époque où les RP étaient réservées aux hommes, elle les a ouvertes aux femmes. »

Principales réalisations

  • Membre honoraire, Collège des Fellows, Société canadienne des Relations publiques
  • Lampe emblématique, Société canadienne des Relations publiques, 1968
  • Membre (première femme canadienne), Public Relations Society of America, 1965-1980
  • Prix de bénévolat exceptionnel, Chambre de commerce de North York, 2002
Service professionnel et communautaire
  • Membre du conseil d'administration et présidente des campagnes de financement, Orchestra Toronto, 2000-présent
  • Présidente et membre, Conference on Canadian Information de Montebello, 1975-1990
  • Présidente, Centre culturel Pauline McGibbon, 1966-1969
  • Représentante communautaire, Comité de soins aux animaux, Sanofi Pasteur inc., 1989-présent
  • Présidente, vice-présidente et membre du conseil d'administration, Orchestre philharmonique de Toronto, 1988-1999
  • Fondatrice et directrice générale, German Wine Society au Canada, 1976-1990
  • Directrice fondatrice et membre du conseil d'administration, Conseil sur l'usage abusif de la drogue, 1973-1990 et 1997-2004
  • Directrice fondatrice, Directrice et membre honoraire (Conseil national des gouverneurs), Conseil canadien pour le commerce autochtone, 1967-1970, 1970-présent et 2001-présent
QUELQUES RÉFLEXIONS DE MME WILSON SUR L'ÉVOLUTION DE LA PRATIQUE DEPUIS 1960

Changement de la planification stratégique de la communication

À mes débuts, il semblait plus important de rédiger des communiqués de presse et d'obtenir une bonne couverture. Aujourd'hui, la stratégie s'étend de la recherche et des enquêtes jusqu'à l'évaluation et l'évolution de la gestion.

Les praticiens des RP font également preuve de plus de créativité parce qu'ils sont poussés à sortir des sentiers battus. À l'époque où la préparation des communiqués de presse était confiée à des avocats, il était très difficile de traduire le jargon juridique en une publication accrocheuse; ce problème est aujourd'hui résolu.

Changement de la façon de pratiquer les relations publiques
La technologie a véritablement transformé la rapidité des réponses et la portée des praticiens, mais également les compétences requises pour le métier. Lorsque j'étais en Israël comme attachée de presse du premier ministre Pearson, en 1968, je devais soulever le combiné au milieu de la nuit pour téléphoner aux médias canadiens un par un. Je trimbalais une machine à écrire électrique, du papier carbone, beaucoup de liquide correcteur, des stencils et un duplicateur. Ces engins se trouvent probablement dans quelque musée à l'heure actuelle.

La présence accrue de femmes, hautement qualifiées de surcroît, dans l'industrie constitue aussi un profond changement. À mon époque, les femmes devenaient soit enseignantes, soit infirmières. Aujourd'hui, elles ont la liberté de poursuivre la carrière de leur choix, et elles semblent d'ailleurs s'en tirer à merveille en RP.

Les professionnels des RP de la jeune génération ont également une formation plus approfondie. Jadis, on s'orientait vers les RP parce qu'on aimait le contact avec les gens. De nos jours, une multitude de cours de communication, de médias, de multimédia et de journalisme préparent à une carrière en RP.

Dans les relations médiatiques, la plupart des spécialistes des RP étaient d'anciens journalistes. Comme ils connaissaient tout le monde dans le domaine des médias, ils avaient beau jeu d'obtenir une bonne couverture. Les choses ont changé depuis. Les médias sont ouverts à tous, et particulièrement à ceux qui ont prouvé que les renseignements qu'ils apportent à la salle de presse sont fiables. En effet, les lecteurs font confiance à l'information publiée.

De nos jours, les renseignements subissent une vérification moins minutieuse qu'autrefois. Autrefois, on pouvait tenir les nouvelles publiées dans les médias pour vraies. On trouvait les réponses aux cinq questions (qui, quand, quoi, pourquoi, comment) dans le premier paragraphe d'un article, tandis qu'aujourd'hui, il faut fouiller jusqu'aux dernières lignes. Les articles sont bourrés d'éléments humains qui éclipsent les éléments d'information, et le divertissement prévaut sur les nouvelles. Les médias imprimés émulent la télévision.

Aussi, les relations avec les investisseurs sont aujourd'hui très compliquées. La Commission des valeurs mobilières de l'Ontario (CVMO) a été fondée en 1965. C'est l'une des raisons qui m'ont poussée à me lancer en affaires. Il s'agissait d'un tout nouvel instrument réglementaire, copié sur celui d'autres provinces et que je connaissais par cœur. Au même moment, de nombreux jeunes industriels se lançaient dans le domaine public, et les directeurs généraux ne savaient pas comment réagir à la nouvelle loi de la CVMO parce qu'ils étaient occupés à la décoder. Plusieurs d'entre eux ont fait appel à mes conseils, et la situation s'est complexifiée davantage depuis. Des départements entiers sont consacrés aux relations avec les investisseurs. Chaque jour, il y a du nouveau sur le marché de l'investissement; même les courtiers en valeurs mobilières ont recours à des spécialistes pour certains aspects du marché, à présent. Autrefois, il n'y avait que la vente au détail ou institutionnelle. Aujourd'hui, avec tous ces nouveaux spécialistes, il est devenu difficile de joindre la bonne personne.

Les répercussions des changements ont marqué la profession dans son ensemble. En conséquence, il est aujourd'hui presque impossible de demeurer un « généraliste » des RP. Le « spécialiste » domine aujourd'hui, et les grandes entreprises disposent de plusieurs spécialistes, parmi leurs employés ou leurs conseillers externes.

Réalisation dont elle est le plus fière en relations publiques
J'en compte plusieurs, mais celle qui ressort est mon travail avec Shoppers Drug Mart. J'ai commencé en 1967, et j'ai conservé ce client jusqu'à ma retraite, à une époque où la concurrence était plutôt vive et où des concurrents cherchaient à suivre le mouvement de Shoppers Drug Mart. Même si l'entreprise a connu quatre présidents, elle m'est demeurée fidèle pendant plus de 30 ans. Lorsque j'ai pris ma retraite, en 1999, mon fils, qui a marché dans mes traces, a poursuivi la collaboration avec Shoppers. Le passage du flambeau s'est fait tout en douceur.

Implication dans la SCRP
Tout au long de ma carrière, j'ai été très près de la SCRP. J'ai fait partie des premiers conférenciers invités dans les cours de relations publiques données dans le cadre du programme d'éducation permanente au Ryerson Institute of Technology d'alors. Puis, en 1976, je suis devenue examinatrice adjointe des candidats au titre ARP sous la direction de M. Walter Herbert.

Au fil des ans, j'ai participé à de nombreux événements locaux et nationaux de la SCRP, en plus d'être chef de rubrique du Public Relations in Canada – Some Perspectives et de contribuer à la publication. Durant les années 1970, on m'a invitée à faire partie du conseil d'administration de la Fondation des communications et des relations publiques. J'ai également longtemps été membre de la section des conseillers de la Public Relations Society of America, aux É.-U.

Conseils aux débutants
  1. Ne cessez jamais d'apprendre. Ne supposez pas que vos connaissances sur votre profession vous suffiront jusqu'à la fin de votre carrière.
  2. Cultivez un esprit investigateur. Sortez des sentiers battus.
  3. Ne vous consacrez jamais à un projet auquel vous ne croyez pas. Vous n'êtes pas des avocats et n'êtes pas tenus de défendre une personne qui a tort.
  4. Lorsque vous acceptez une mission, mettez-y votre esprit et votre cœur. Le détachement, c'est pour les chirurgiens. Si le cœur n'y est pas, votre travail en souffrira.
  5. Évitez les excès d'orgueil lorsqu'on révise vos textes. Certaines personnes en position d'autorité apportent des corrections simplement pour apporter des corrections, sans quoi ils auraient l'air de ne pas travailler. Aussi certaines modifications améliorent-elles réellement le message véhiculé.
  6. À moins que vous fassiez marcher votre affaire à vous seul, évitez de vous préoccuper de l'attribution de mérite pour un résultat favorable. Les bonnes personnes sauront reconnaître votre contribution.
  7. Tentez de ne pas être porte-parole de l'entreprise. Les relations publiques attirent encore la méfiance. Apprenez à votre directeur général (ou client) à parler de source sûre.
  8. Impliquez-vous dans votre association professionnelle pour demeurer au courant des tendances, échanger des idées, réseauter et apprendre à connaître vos pairs (même ceux qui pourraient devenir vos concurrents).
  9. Ne vous prenez pas trop au sérieux. On apprend de ses erreurs. L'estime de soi doit toujours avoir préséance sur le respect que les autres vous portent.
  10. Plus important que tout, adoptez un comportement éthique en tout temps et faites preuve d'équité et d'intégrité vis-à-vis du personnel, des clients, des collègues et de toute personne rencontrée dans le cadre de vos fonctions.
L'avenir des relations publiques
Je prédis que les relations publiques continueront de s'étendre. Elles englobent tellement de secteurs : les affaires publiques, les affaires d'entreprise, etc. C'est une industrie très vaste.